« J’ai été en couple avec un pervers narcissique »

Aujourd’hui, j’ai décidé de me livrer au sujet de quelque chose de très personnel, que je trouvais limite tabou et très difficile à aborder; j’ai énormément hésité car je n’étais pas certaine que ce sujet avait sa place sur mon blog au contenu léger et souvent édulcoré, et puis je me suis dis que c’est en lisant les témoignages des autres que j’ai pu comprendre et avancer – sans ces récits et surtout ces personnes qui trouvaient le courage de se mettre à nu et de partager leurs expériences, je n’aurais peut-être jamais réalisé certaines choses. Car c’est grâce aux histoires partagées sur les blogs et aux Tumblr tels que Paye Ton Couple que j’ai pris conscience qu’il y a des années, j’ai été en couple avec ce qu’on appelle un pervers narcissique – et que cette relation m’aurait probablement détruite, si je ne m’en étais pas sortie à temps… Je ne suis pas du genre à m’apitoyer sur mon sort ou à remuer le passé, surtout qu’a mon plus grand bonheur, j’ai tourné la page et je suis actuellement dans une relation tout à l’opposé de celle que je décris dans l’article. Mais si mon témoignage peut aider au moins une personne, ça en aura valu la peine.

Qu’est-ce qu’un pervers narcissique? « Il s’agit d’un individu souffrant d’une pathologie psychologique complexe et difficile à identifier, qui correspond à un mécanisme de manipulation mentale souvent dramatique pour les victimes. La plupart de ces personnes (qui représentent environ 3% de la population) sont totalement inconscientes de leur problème. » (Source : Santé Médecine)

« Ce sont des adultes qui ont les mêmes réactions qu’un enfant de 5 ans qui aime arracher les pattes des mouches sans réaliser que cela leur fait mal. Ils ne sont pas capables de voir la souffrance de l’autre. Ils ne le respectent pas et vont chercher à satisfaire leurs besoins à ses dépens ». (Isabelle Nazare-Aga sur Psychologies.com)

Mensonges, chantage, culpabilisation et le plus souvent, infidélité chronique – voilà un petit aperçu de ce qu’un pervers narcissique fait vivre à sa victime au quotidien. Très doué pour choisir ses « proies », il jette souvent son dévolu sur des personnes sensibles, sentimentales et influençables car elles sont plus faciles à manipuler. Autant dire que naïve comme j’étais à l’époque, j’étais un peu la victime parfaite. La première fois que je l’avais rencontré, il venait d’avoir un enfant et était passé boire un verre chez mon frère. Il était drôle, séduisant, charmeur et je me souviens très bien de ce que j’avais ressenti ce soir-là; j’avais le sentiment d’être un papillon de nuit fébrile, attiré par une flamme. Une flamme qui brûlait un peu trop fort, comme je l’avais appris à mes dépens quelques années plus tard. Je venais de rompre avec un garçon quand il réapparut dans ma vie. Ses regards pleins de tendresse et ses « Tu mérites mieux » ont fini par avoir raison de mon coeur. Il était célibataire à ce moment-là, ou en tout cas c’était ce qu’il disait, et du simple crush d’ado que j’avais vu qu’une fois, il s’était transformé en un ami qui m’avait soutenu et épaulé pendant une période où ça n’allait pas fort. On avait de nombreux points en commun, on rigolait bien et j’avais tellement envie d’être aimée que j’étais retombée sous son charme en un rien de temps. Pendant un mois, j’ai eu l’impression de vivre dans un monde de bisounours. J’avais droit à des cadeaux, des chocolats, des fleurs, mais surtout des déclarations émouvantes et des promesses d’un avenir dont j’ai moi-même commencé à rêver. Il m’avait présenté à sa famille et parlait de mariage au bout d’un mois à peine de relation.

Le PN se présente comme l’âme-soeur; tel un chevalier sur son cheval blanc, il semble correspondre en tout point à l’idéal de sa victime. Il est admiratif de tout ce que sa cible fait, il aime son intelligence, sa vivacité d’esprit, son ambition, son honnêteté et sa sincérité. Il parle rapidement de mariage. Très doué pour simuler la tendresse et la douceur, il a beaucoup d’attentions au début d’une relation (cadeaux et autres). Cependant, ces attentions sont des flambées superficielles… et il se lasse très vite de ses proies. Une fois sûr de l’engagement de sa victime dans la relation, le PN tombe le masque et là, le chevalier blanc se métamorphose en un vilain crapaud. La victime réalise qu’elle est tombée amoureuse de ses propres rêves – le prince charmant du début n’a jamais existé.

Le jour où son masque de « prince charmant » se fissura, c’était la toute première fois que je le voyais exprimer des émotions autres que la douceur qui m’était réservée jusque là, et c’était comme si j’avais un homme complètement différent en face de moi. D’autant plus que sa colère me semblait injustifiée. Certes on avait abordé un sujet délicat, à savoir son ex, qu’il voyait assez souvent car ils avaient un enfant ensemble, mais avais-je vraiment mérité qu’il réagisse ainsi? Bien évidemment, il s’était très vite répandu en excuses, ne manquant pas de retourner la situation à son avantage – il justifia sa réaction par le fait que son fils lui manquait et que son ex lui faisait du chantage et le menaçait de ne plus laisser le voir. Sa stratégie marcha à merveille, puisque j’ai commencé à détester cette femme – sans même la connaître – tout en éprouvant de la compassion pour lui.

Il maîtrisait à merveille l’art de se faire passer pour la victime, trouvant toujours des excuses et des raisons à tout, et je le croyais. Après cet épisode, à chaque fois qu’il lui arrivait de perdre son sang froid, il me faisait bien comprendre que c’était de ma faute. Soit j’abordais un sujet trop sensible, soit je ne faisais pas assez d’efforts pour comprendre; c’était toujours à moi de me remettre en question. Ses humeurs instables n’étaient pourtant pas la seule chose à avoir changé. Bien qu’il avait toujours été très égoïste en ce qui concernait le sexe, il se permettait des choses alors que je disais non. Pour lui, même si je disais non, je ne le pensais pas vraiment et il s’en fichait de savoir si j’avais envie, si ça me plaisait (et même si j’avais mal), ou encore si j’étais sous contraception. Ce n’est que des années plus tard que j’ai pris conscience que tout acte sexuel, sans qu’il y ait un consentement des deux côtés, n’était rien d’autre qu’un viol; et ce n’était pas parce qu’il était mon copain ou que le tout était saupoudré des « je t’aime » que cela y changeait quelque chose. Il ne se gênait pas de me dire que si je n’étais pas bien, ou que si je ne prenais pas de plaisir, le problème venait de moi. Je laissais couler, parce que j’étais amoureuse. Je pardonnais tout, parce que j’avais peur de le perdre. Il m’arrivait pourtant de plus en plus souvent de m’endormir en pleurs à ses côtés. On sortait rarement en public (encore un signe qui aurait dû m’alarmer tout de suite) mais lorsque cela arrivait, j’étais à chaque fois abasourdie de le voir changer du tout au tout en présence des autres. Aux yeux de son patron, de ses collègues ou de ses amis, il était serviable, réservé, sincère et digne de confiance – c’était l’employé modèle et le gentil papa d’un petit garçon adorable, qui ne méritait pas toutes les crasses qui lui arrivaient dans la vie.

Le PN a deux visages. Un pour la victime, et l’autre pour l’extérieur. La victime est la seule à le voir tel qu’il est réellement. La première fois qu’elle le voit, c’est quand le PN sent que le moment est venu de tomber le masque. La victime est amoureuse de lui, ou est suffisamment prise dans sa toile pour qu’il puisse relâcher la pression. Il passe d’un masque à l’autre à la vitesse de l’éclair, d’une minute à l’autre en fonction des circonstances. Etant donné qu’elle est la seule à connaître son mauvais côté, et qu’il passe pour un ange auprès des autres, personne ne croira la victime si elle décide d’exposer la vérité. Malgré une image agréable en société, ces gens cachent une profonde tristesse. Tout chez eux est factice: leur apparence agréable et fragile, leur sociabilité, leur gentillesse.

Plus le temps passait et plus j’avais le sentiment de dépendre entièrement de lui, de devoir tout faire passer par lui, d’être obligée de m’adapter à ses envies, ses humeurs… J’avais cessé d’exister en tant que personne. A cause de cette relation et de l’état émotionnel déplorable dans lequel j’étais tout le temps, j’avais fichu en l’air mes études, perdu les rares amis que j’avais avant d’être avec lui (à cause de sa jalousie et du fait qu’il avait besoin de contrôler le moindre de mes faits et gestes) et surtout, failli tourner le dos à ma propre famille. Le fait était que si moi je ne le voyais pas, eux étaient des témoins impuissants de ma descente aux enfers. On se disputait à chaque fois qu’ils me faisaient remarquer à quel point cette relation était toxique, parce que je ne voulais pas admettre qu’ils avaient raison. Pourtant, les mensonges ne cessaient jamais et ça ne faisait qu’empirer.

Le PN dresse les uns contre les autres – il divise pour mieux régner. Il ne présente pas ses proies à ses suiveurs et essaie de la garder « cachée » de tous pour que ses mensonges ne puissent pas être repérés. Il contrôle sa victime en se montrant maladivement jaloux et en l’isolant petit à petit de toutes ses connaissances. Il la met sous dépendance totale. C’est un harceleur-né qui ira jusqu’à retourner la victime contre sa famille pour être certain qu’elle ne voudra jamais le quitter.

Quelques mois plus tard, brièvement réveillée de ce cauchemar par la peur d’une grossesse non-désirée (et surtout sa réaction ignoble) j’avais essayé de mettre fin à notre relation une bonne fois pour toutes, mais il avait sorti le grand jeu pour me récupérer, me suppliant de le pardonner et me promettant que tout allait changer. Si à l’époque, je pensais que c’était une preuve d’amour, je sais à présent que c’était une question de principe; un pervers narcissique ne peut pas accepter que sa victime se réveille du cauchemar qu’il lui fait vivre et échappe à son emprise, faisant tout pour conserver le contrôle. En somme, je n’avais pas mon mot à dire, il n’y avait que lui qui pouvait décider si (et quand) ça allait se terminer. Il me faisait culpabiliser de ne serait-ce qu’envisager une rupture – « Si tu me quittes, je mourrai. Je n’aurai plus de raison de vivre. Tu serais capable de me faire ça? » A peine quelques semaines plus tard, j’ai appris qu’il allait chercher son ex à la fin de sa journée de travail, tous les soirs, alors que dans sa version des faits, il terminait tard (ce qui selon lui, justifiait sa fatigue et son irritabilité). Il avait d’abord cherché à éviter la confrontation en disant qu’elle le lui avait demandé et qu’il voulait rendre service en toute innocence, avant de rejeter la faute sur moi; encore une fois, c’était moi la méchante, moi qui ne lui faisait pas confiance, moi qui cherchait à le contrôler et qui gobait tout ce que j’entendais. Comme toujours, il se posait en souffre-douleur, minimisant ainsi mes ressentis au prix des siens.

Toujours très convaincant, le PN est un menteur pathologique. Il créé des diversions, diffuse des demi-vérités, il bluffe ou réagit par la colère à des interrogations. Il nie les évidences et se contredit lui-même. Il ment tout le temps, pour tout, même pour les plus petites choses. Il ment sur les émotions qu’il ressent (il n’en ressent aucune en réalité), il ment sur l’amour qu’il ressent, sur ses regrets (il n’en a aucun, jamais), sur le changement qu’il va opérer. C’est le mensonge incarné. De plus, le PN blâme toujours les autres pour ses propres fautes. C’est un maître de l’identification projective. Tout ce qu’il lui fait subir est systématiquement inversé et reproché à la victime.

J’avais décidé de contacter son ex sans lui en parler, bien loin d’imaginer ce qui m’attendait. Je regrette aujourd’hui ma première réaction et les choses que j’ai pu dire sous la colère, car après tout, sans elle je n’aurais pas eu l’électrochoc nécessaire pour me sortir de cette relation qui empoisonnait ma vie. C’était simple; deux semaines seulement après l’avoir quittée, il avait cherché à se faire pardonner (tout en entamant une relation avec moi en parallèle… et pas qu’avec moi, comme je le découvris plus tard) et s’il venait la chercher après le travail, ce n’était non pas parce qu’elle le lui demandait, mais pour l’implorer de le laisser rentrer à la maison, histoire qu’ils forment une famille à nouveau. Les six mois que j’avais vécu reposaient uniquement sur des mensonges, et elle était prête à me le prouver. Bien sûr, elle disait vrai et elle m’apporta la preuve nécessaire, à savoir un enregistrement audio. Je sais que j’ai beaucoup pleuré, le jour où on le confronta toutes les deux, même si je n’oublierai jamais son air hébété quand il a réalisé qu’il avait été battu à son propre jeu, piégé et manipulé pour que son vrai visage soit exposé au grand jour. J’étais tellement furieuse contre moi-même; je m’en voulais d’avoir été aussi naïve, aussi faible et d’avoir laissé cet individu s’immiscer entre moi et ma famille. J’avais du mal à croire comment j’avais pu le laisser entrer dans ma tête et ignorer les avertissements de mes proches. Prendre conscience de tout cela d’un coup était réellement comme se réveiller d’un long sommeil, et c’était brutal.

Malheureusement, se libérer de l’emprise d’un PN n’est jamais simple. J’avais beau le voir pour ce qu’il était vraiment, cette relation me poursuivit pendant de longs mois. J’avais d’abord rencontré (par le plus grand des hasards) la troisième « femme de sa vie »; celle qu’il avait connu à son travail quelques mois après qu’on se soit mis ensemble. Elle était la nouvelle stagiaire, avait dix-sept ans et tout comme j’avais ignoré son existence jusque là, elle ignorait tout de la mienne. Elle m’avoua plus tard être tombée enceinte et avoir avorté sous la pression qu’il lui mettait. J’avais également appris, par la mère de son enfant, qu’il avait plusieurs fois levé la main sur elle par le passé et qu’elle avait même été à la gendarmerie, ce à quoi il lui avait répondu que son père était flic alors personne ne lui ferait jamais rien – et puis qui allait la croire, de toute façon? Il avait une réputation irréprochable. Malgré les six mois de calvaire que j’avais vécu, j’avais presque le sentiment de m’en être « pas trop mal sortie » à côté, même si j’avais eu droit, moi aussi, à quelques menaces voilées dans les premières semaines qui ont suivi notre rupture. Je l’avais bloqué partout où il était possible de le bloquer et j’ai attendu. Je savais que je pouvais compter sur le soutien de ma famille alors la seule chose à faire était de laisser le temps faire son boulot.

Plusieurs mois plus tard, il essaya de reprendre le contact pour s’excuser et garder une relation amicale, ne manquant pas de m’informer qu’il avait fait une TS récemment et suivait désormais une thérapie. J’ignore si c’était vrai ou non, mais la seule certitude que j’avais, c’était que je ne voulais plus garder aucun contact avec lui. J’étais juste heureuse d’avoir enfin échappé à cette relation qui a été un enfer, tant bien même que j’en ai gardé quelques séquelles émotionnelles. Il m’a fallu de longs mois et beaucoup de travail sur moi-même, et également une rencontre qui a changé ma vie et a fini par panser complètement mes blessures, au point où ces souvenirs ont cessé d’être douloureux. La rencontre d’un homme à l’écoute, respectueux, extrêmement patient, qui me rappela ce que c’était de rire de bon coeur, d’avoir le coeur léger et avec qui je pouvais être moi-même, tout simplement. Il ne m’a pas seulement appris ce qu’était l’amour vrai et sincère, il m’a appris à m’aimer moi. Aujourd’hui, c’est mon fiancé et je suis plus heureuse et épanouie que jamais. Alors si vous avez été dans une situation similaire ou que l’un de vos proches l’a été ou l’est toujours, ne perdez pas espoir et n’abandonnez pas. Apprenez à identifier les signes alarmants et ne vous dévalorisez pas, sous aucun prétexte. Vous méritez le bonheur, vous méritez d’être bien dans votre peau et dans votre vie… et vous méritez quelqu’un qui vous aimera de tout son être.

L’amour, contrairement à ce qu’essaient de nous faire croire certains films ou oeuvres littéraires, ce n’est pas une tempête destructrice ou un volcan dangereux. L’amour, ça ne doit pas faire mal et ça ne doit surtout pas rendre malheureux. L’amour redonne le goût de vivre et soigne les cicatrices les plus profondes. Et c’est sur cette note positive que j’aimerais boucler cet article, qui aura été long et difficile à écrire, mais je suis néanmoins contente d’avoir trouvé le courage de partager mon expérience avec vous. Je vous souhaite un bon week-end et prenez soin de vous et de celles·eux que vous aimez.

SOURCES : ANNEMARIETHOMAZEAU.COM, SANTE MEDECINE, PSYCHOLOGIES.COM

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